Le dilemme de toutes les familles qui préparent un séjour en Croatie
C’est la question qui revient dans presque toutes les discussions de préparation de voyage : faut-il louer une voiture en Croatie, ou peut-on s’en passer ? Les guides pratiques répondent en général par des tableaux de prix, des comparatifs d’assurance ou des découpages région par région. Utile, mais froid. Ce qui manque souvent, c’est le vécu : ce que ça change vraiment, au quotidien, avec des enfants, des valises et une météo qui ne demande jamais son avis.
Pour y voir plus clair, nous avons interrogé deux familles françaises qui ont fait des choix opposés sur un même type de séjour de deux semaines en Croatie, à un an d’écart. Camille Roussel, 38 ans, a loué une voiture pour explorer l’Istrie avec ses deux enfants de 7 et 10 ans. Thomas Blanchard, 41 ans, a choisi de tout faire en ferry et à pied entre plusieurs îles dalmates, avec sa femme et leur fils de 9 ans. Deux expériences, deux rythmes, et des enseignements très différents.
Camille Roussel
Séjour en famille en Istrie avec voiture de location
Camille vit à Lyon avec son mari et leurs deux enfants. Habituée des road trips en Europe, elle a passé deux semaines en Istrie à l'été 2025, logée dans une maison de campagne près de Motovun, avec une compacte louée dès l'aéroport de Pula.
Thomas Blanchard
Séjour en famille sur les îles croates sans voiture
Thomas habite à Nantes et voyage en famille depuis toujours sans voiture, par choix autant écologique que budgétaire. En 2026, il a enchaîné Split, Hvar et Korčula en ferry avec sa femme et leur fils, en misant sur les transports en commun et la marche à pied.
Le budget réel, au-delà du prix affiché sur le comparateur
Le premier sujet qui divise les deux familles, c’est évidemment l’argent. Pas seulement le prix de la location, mais tout ce qui gravite autour — et que les tableaux comparatifs standards ne montrent pas toujours dans leur globalité. Pour les chiffres détaillés d’assurance et de tarification, notre guide pratique sur la location de voiture en Croatie complète utilement ce témoignage vécu.
Question : Camille, quel a été le coût réel de la voiture sur votre séjour, une fois tous les frais additionnés ?
Camille : On avait réservé une compacte automatique pour 340 euros sur deux semaines, ce qui nous semblait raisonnable. Sauf qu'on a fini par dépenser presque le double en frais annexes. Le carburant d'abord : entre Pula, Rovinj, Motovun et les excursions vers les grottes de Baredine, on roulait facilement 60 à 80 kilomètres par jour, parfois plus. Ensuite le stationnement : à Rovinj et à Poreč, les parkings proches du centre historique sont payants et chers en pleine saison, autour de 3 à 4 euros de l'heure. Un jour, on a payé 22 euros de stationnement pour une visite de trois heures. Et puis il y a eu l'imprévu classique : un pneu crevé sur une route de campagne près de Grožnjan, avec une franchise qui heureusement était couverte par notre assurance tierce, mais qui nous a fait perdre une demi-journée de vacances à attendre le dépanneur. Au final, sur les deux semaines, on doit être montés à environ 620-650 euros tout compris pour la voiture, contre 340 euros annoncés au départ.
Question : Thomas, de votre côté, à combien s'élevait le poste transport sans voiture ?
Thomas : On a été très surpris par la simplicité du calcul, justement parce qu'il n'y avait presque pas d'inconnues. Les billets de ferry Split-Hvar et Hvar-Korčula pour trois personnes, plus quelques bus locaux et catamarans piétons, nous sont revenus à environ 210 euros sur toute la durée du séjour. On a ajouté deux excursions en bus organisé vers les Kastela et le parc de Krka, à 45 euros par personne, ce qui a fait grimper la note, mais c'était un choix assumé plutôt qu'une contrainte. Ce que j'ai apprécié, c'est qu'il n'y avait aucune mauvaise surprise : pas de plein d'essence oublié, pas de stationnement caché, pas de franchise d'assurance à négocier. Le budget transport total a tourné autour de 340 euros pour trois personnes, sans imprévu notable. Par contre, je précise qu'on avait un budget "taxi de dépannage" en cas de raté de ferry, qu'on n'a heureusement pas eu à utiliser.
Liberté de mouvement contre contraintes d’horaires
Au-delà du budget, c’est peut-être la question de la liberté qui sépare le plus les deux expériences. La voiture promet l’autonomie totale, le ferry impose un cadre — mais les deux familles n’ont pas vécu cette dimension de la même façon.
Question : Camille, la liberté offerte par la voiture a-t-elle vraiment changé votre séjour au quotidien ?
Camille : Complètement, et c'est même la principale raison pour laquelle je recommande la voiture en Istrie avec des enfants. Un matin, on avait prévu d'aller à la plage près de Rovinj, mais le ciel était couvert. On a improvisé une visite du site archéologique de Dvigrad, un village abandonné en pleine forêt, à vingt minutes de route seulement. Sans voiture, cette improvisation n'aurait tout simplement pas existé — il n'y a pas de bus qui dessert ce genre de lieu. Autre exemple : ma fille s'est endormie dans la voiture après une matinée de baignade, et on a pu prolonger la sieste sur le trajet retour au lieu de la réveiller dans un bus bondé. C'est un détail, mais avec deux enfants en bas âge, ce genre de flexibilité change vraiment la nature des vacances. On n'a jamais eu à consulter un horaire avant de décider quoi que ce soit.
Question : Thomas, cette dépendance aux horaires de ferry a-t-elle été pesante pour votre famille ?
Thomas : Honnêtement, moins qu'on ne le craignait, mais il y a eu un moment de tension réel. On avait prévu de quitter Hvar un mercredi matin pour Korčula, et le ferry a été annulé à cause d'un épisode de bura, ce vent fort qui bloque parfois le trafic maritime en Adriatique. On s'est retrouvés coincés une nuit de plus sans hébergement prévu, à chercher une chambre en urgence en pleine saison. Ça a été notre seul vrai coup de stress du séjour. En dehors de cet épisode, on s'est organisés autour des horaires sans trop de frustration : on planifiait la veille, on gardait toujours une marge d'une journée entre deux étapes, et notre fils a adoré l'aspect "expédition" du ferry, bien plus que l'aurait fait une voiture. Ce qu'on a perdu en spontanéité, on l'a un peu gagné en rituel de voyage partagé en famille.

Les anecdotes et imprévus qui ont marqué le séjour
Ce sont souvent les petits incidents, plus que les grandes décisions, qui restent en mémoire après un voyage. Les deux familles ont chacune leur histoire à raconter — et ces imprévus rejoignent souvent les questions pratiques détaillées dans notre guide décisionnel région par région.
Question : Camille, quel a été l'imprévu le plus marquant de votre séjour en voiture ?
Camille : Sans hésiter, la crevaison près de Grožnjan que j'évoquais plus tôt. On roulait sur une route secondaire, assez isolée, en fin d'après-midi, et on a entendu ce bruit caractéristique. Mon mari a dû changer la roue lui-même sur le bas-côté pendant que je gardais les enfants à l'ombre d'un olivier, en plein mois de juillet. On a ensuite dû rouler très lentement jusqu'au village le plus proche pour trouver un garagiste, avec la roue de secours qui n'était clairement pas conçue pour rouler longtemps. Ça nous a fait perdre une après-midi entière et généré un vrai moment de stress, les enfants commençaient à fatiguer. Mais avec le recul, c'est aussi devenu une anecdote qu'on raconte encore : le garagiste local nous a offert des figues de son jardin en attendant la réparation. Ce genre de rencontre improvisée, on ne l'aurait pas eue sans voiture. C'est le genre d'imprévu logistique que l'on retrouve dans bien d'autres contextes de voyage en Europe, y compris pour ceux qui envisagent de [voyager en Europe avec son animal de compagnie](https://verygreentrip.com/), où la voiture facilite grandement la gestion des imprévus.
Question : Thomas, et du côté du voyage sans voiture, quel souvenir vous reste le plus vif ?
Thomas : En dehors de l'épisode du ferry annulé, je garde surtout le souvenir d'une traversée de nuit entre deux îles, avec mon fils collé au bastingage à regarder les lumières de la côte s'éloigner. C'est un moment qu'on n'aurait jamais vécu en voiture. Il y a eu aussi un imprévu plus terre à terre : à Korčula, notre hébergement était à un kilomètre et demi du port, et sans voiture, on a dû faire l'aller-retour à pied avec les bagages sous 34 degrés, faute de taxi disponible ce jour-là. Ma femme s'en souvient encore comme du pire quart d'heure du séjour. On a appris après coup qu'il fallait réserver un transfert à l'avance en haute saison, ce qu'on n'avait pas anticipé en misant tout sur l'improvisation piétonne.

Le quotidien avec des enfants : deux organisations très différentes
Voyager en famille impose des contraintes que les couples sans enfants ne rencontrent pas forcément de la même façon : rythme des repas, siestes, fatigue accumulée, besoin de repères. La voiture et le ferry n’y répondent pas du tout de la même manière, et les deux familles ont dû adapter leur organisation quotidienne en conséquence.
Question : Camille, comment la voiture a-t-elle influencé votre gestion des repas et des siestes avec deux jeunes enfants ?
Camille : Énormément, et c'est un aspect qu'on sous-estime avant de partir. Avec la voiture, on pouvait transporter une glacière avec des pique-niques préparés le matin, ce qui nous a évité pas mal de restaurants touristiques hors de prix à midi. On s'arrêtait sur une aire ombragée, souvent avec vue sur la mer du côté de Vrsar ou Poreč, et les enfants mangeaient tranquillement avant une sieste dans la voiture, vitres entrouvertes à l'ombre d'un pin. Ce genre d'autonomie logistique a un impact direct sur le budget nourriture, qu'on n'avait pas anticipé au départ. On a aussi pu garder toujours une trousse de secours, des vêtements de rechange et des jouets dans le coffre, sans se soucier du poids à porter. Ce confort matériel, difficile à quantifier en euros, a clairement réduit le niveau de stress general du séjour, surtout les jours où l'un des enfants était grognon ou fatigué par la chaleur.
Question : Thomas, comment avez-vous géré les repas et le rythme de votre fils sans voiture ni coffre pour stocker vos affaires ?
Thomas : On a dû s'organiser différemment, avec un sac à dos plus lourd et moins de marge d'improvisation côté matériel. On mangeait plus souvent au restaurant ou en achetant des produits frais sur les marchés locaux, ce qui a représenté un poste de dépense plus élevé que prévu, mais aussi une vraie découverte culinaire qu'on n'avait pas anticipée. Sur Hvar notamment, on a mangé des poissons grillés directement sur le port, achetés le matin même par le restaurateur, un moment fort du séjour. Pour les siestes, on a appris à caler les traversées en ferry avec les horaires de fatigue de notre fils : les trajets d'une heure ou plus devenaient l'occasion d'une sieste sur le pont, bercé par le mouvement du bateau. Ça demandait plus d'anticipation que la sieste en voiture, mais une fois qu'on a trouvé le rythme, ça s'est plutôt bien passé. Le vrai point faible reste le poids des bagages à porter à chaque changement d'hébergement, qu'on a fini par réduire au strict minimum après la première semaine.
Ce qu’elles referaient différemment
Avec le recul, les deux familles ont chacune identifié ce qu’elles ajusteraient si elles devaient revivre ce même type de séjour. Ce type de bilan post-voyage, entre logistique et budget réel, se retrouve dans beaucoup de destinations où la question du transport se pose en amont — y compris pour ceux qui envisagent de louer un chalet pour un séjour télétravail au Canada, où la voiture change tout autant l’expérience quotidienne.
Question : Camille, si c'était à refaire, changeriez-vous quelque chose dans votre organisation avec la voiture ?
Camille : Deux choses. D'abord, je prendrais systématiquement l'assurance tierce dès la réservation plutôt que d'hésiter à l'aéroport — la crevaison m'a convaincue que le rachat de franchise n'est pas une option superflue mais une nécessité. Ensuite, je réserverais un hébergement avec parking privé inclus, plutôt que de découvrir sur place que le stationnement en centre historique coûte une fortune. On a perdu du temps et de l'argent à chercher des places, alors qu'un logement un peu excentré avec parking gratuit nous aurait fait économiser facilement 100 euros sur le séjour, pour dix minutes de marche en plus le soir. Sinon, je referais exactement le même choix : pour explorer l'Istrie en profondeur avec des enfants, la voiture reste selon moi indispensable.
Question : Thomas, et vous, qu'ajusteriez-vous dans un futur séjour sans voiture ?
Thomas : Je réserverais systématiquement un transfert port-hébergement pour les trajets de plus d'un kilomètre avec bagages, l'épisode de Korčula nous a servi de leçon. Je garderais aussi toujours une nuit tampon non planifiée entre deux îles pour absorber une éventuelle annulation de ferry liée au vent, plutôt que d'enchaîner les étapes à flux tendu. En dehors de ces deux ajustements, je referais le même choix sans hésiter : pour un séjour centré sur les îles dalmates, se passer de voiture nous a évité énormément de stress logistique, et notre fils garde un souvenir bien plus fort des traversées en ferry que ce qu'aurait offert une route côtière vue depuis une banquette arrière.
Alors, voiture ou pas voiture ?
Ce double témoignage ne donne pas de réponse tranchée, et c’est précisément le point : la question n’a pas de bonne réponse universelle, seulement une réponse adaptée à votre type de séjour. Si votre voyage s’articule autour de l’arrière-pays, des villages perchés et d’une base unique comme l’Istrie, l’expérience de Camille plaide clairement pour la location. Pour un consulter le détail des règles de conduite et des niveaux d’assurance, notre guide complet sur la location de voiture en Croatie reste la référence technique.
Si au contraire votre itinéraire enchaîne plusieurs îles dalmates avec des trajets en ferry entre chaque étape, le récit de Thomas montre qu’on peut voyager en famille sans voiture, à condition d’anticiper les transferts et de garder de la marge sur le calendrier.
Pour un itinéraire mixte, combinant côte et arrière-pays sur une à deux semaines, jetez également un œil à notre road trip de 10 jours en Croatie, qui illustre bien les zones où la voiture change réellement la donne. Et si votre séjour se concentre sur les îles, notre page dédiée à Hvar détaille les alternatives locales à la location de voiture, bus, scooters et catamarans piétons compris.
En définitive, le bon choix dépend moins du prix affiché sur un comparateur que du rythme de vacances que vous recherchez : liberté d’improvisation avec la voiture, ou rituel de voyage plus lent et plus dépaysant avec les ferries. Les deux familles, un an après leur séjour, en gardent d’aussi bons souvenirs l’une que l’autre.